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mercredi 28 décembre 2016

Mon été avec Lucifer d'Édith Couture Saint-André - Challenge Francofou #2

Édith Couture Saint-André

     Titre : Mon été avec Lucifer
     Auteur : Édith Couture Saint-André
     Genre : fantastique, humouristique
     Nombre de pages : 233
     Édité par : indépendant (autoédition)
     Couverture : ?
     Numérisation : Chris EBouquin

Présentation éditeur :
Il y a trois types de journées : celles où il ne se passe rien, au point où on se demande pourquoi on s’est donné la peine de sortir du lit ; celles qui sont encombrées de complications, dont le seul but est de vous empoisonner l’existence, et puis, il y a celles où un seul événement peut faire basculer votre vie.Aujourd’hui est une journée du troisième type : spectaculaire, inattendue, aux répercussions déterminantes pour moi, pour mes amis, pour mes ennemis. 
Surtout pour mes ennemis. 
Lucifer, le saviez-vous ? est une flamboyante rouquine, belle comme une madone botticellienne et gaulée comme une danseuse du Crazy Horse. 
Aujourd’hui, juchée sur des stilettos vertigineux et moulée dans les cuirs noirs d’un ensemble pantalon-bustier, cette madone sulfureuse me promet la jeunesse éternelle. Que feriez-vous à ma place ? Ce récit, drôle, enlevé et pétillant, est l’histoire de Mathilde, une Québécoise baby-boomer de 60 ans à qui la science et la médecine ont promis, comme à tous les baby-boomers, une santé indéfectible et la jeunesse éternelle, voire : l’immortalité. 
De toute évidence, la promesse n’a été que partiellement tenue. Mathilde décide de s’adresser à quelqu’un qui a la réputation de tenir ses promesses : Lucifer. Alias Lucy Fériale. Lulu pour les intimes. Lucy est d’accord pour un pacte. Bien naturellement. Mais, en tant que femme d’affaires avisée, patronne d’une Business Unit, elle pose une condition : récupérer des âmes. Normal, c’est dans son job description. 
Au début, Mathilde a des sursauts de conscience. Ça la chiffonne cette histoire de morts. Elle rechigne. Mais lorsqu’elle voit le résultat : passer de 60 à 45 ans en moins d’une semaine, avec son énergie toute requinquée, sa vitalité qui casse la baraque et une peau de pêche, elle en redemande, établit une liste, donne des noms à Lucifer.
Mon avis :
Tout d'abord, je remercie Chris EBouquin et Édith Couture Saint-André pour ce service de presse. J'avais déjà eu l'occasion de lire cette autrice pour son recueil L'homme allongé et autres nouvelles ainsi que dans le numéro 1 de L'Indé Panda et j'avais beaucoup aimé son style.
Encore une fois, j'ai apprécié le style enlevé, plein d'humour, ainsi que le thème de la vieillesse qui semble être la marotte de l'autrice (pour mon plus grand plaisir). Ses personnages, en passe de devenir âgés, sont tout sauf sages et raisonnables et cela fait du bien !
L'héroïne, Mathilde, se retrouve presque malgré elle à côtoyer Lucifer et même à accepter un pacte avec ellui ! Cela donne à la fois des discussions hautes en couleurs et des situations rocambolesques. La théologie de Lucie Férial est truculente !
J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce roman, j'ai beaucoup souris, c'est totalement immorale mais assez savoureux.
Au passage, l'autrice n'hésite pas à effleurer des sujets plutôt graves dont celui des pervers narcissiques et de leur emprise.
Au final, un roman à découvrir pour passer un moment léger mais non superficiel.

Jeanne Sélène pour le Francofou saison 4 !


jeudi 8 décembre 2016

Heureux sans Dieu ni religion de Michel Piquemal

Michel Piquemal

     Titre : Heureux sans Dieu ni religion
     Auteur : Michel Piquemal
     Genre : essai
     Nombre de pages : 192
     Édité par : Le Muscadier
     Couverture : ?
     Numérisation : Chris EBouquin

Présentation éditeur :
De manière parfaitement documentée, Michel Piquemal apporte les arguments de réfutation aux croyances et explique pourquoi, malgré tout, tant de gens ne peuvent s'empêcher de croire. Dans une démonstration enthousiaste et positive, il consolide le socle de valeurs humanistes sur lequel s'appuie l'athéisme, et montre combien les religions ont été - et restent - un frein à l'émancipation, au bonheur et à la fraternité du genre humain. L'auteur aborde le sujet avec un ton et un engagement à la fois très personnel et très habité, ce qui renforce le plaisir de lecture. Plus près d'un Comte-Sponville que de la violence d'un Onfray, il tend la main aux croyants dans le cadre d'une laïcité non sectaire. Le lecteur éprouve alors une vraie jubilation à voir la logique de son argumentation et la force de son érudition jamais pédante. À l'heure où les fondamentalistes des trois monothéismes s'entendent aujourd'hui pour tenter de balayer le rempart de la laïcité, cet ouvrage apparaît comme une nécessité.
Mon avis :

Je remercie déjà Chris EBouquin, l'auteur et les éditions du Muscadier pour m'avoir permis de découvrir cet essai en service de presse. La présentation me tentait énormément et c'est une lecture que je ne regrette pas.
Mon sentiment global est en effet très positif. J'ai trouvé cet essai intéressant, clair et bien construit. On suit facilement la pensée de l'auteur et la lecture est facile, agréable.
Le sujet est traité de manière à la fois précise et rapide. C'est un livre court et très accessible.

Quelques petits points m'ont cependant gênée...
Tout d'abord, même si ce n'est pas systématique, j'ai trouvé que l'auteur utilisait parfois des citations de penseurs comme arguments au lieu de les proposer simplement comme illustration. J'ai trouvé ça particulièrement gênant car la pensée d'un autre humain, si érudit soit-il, n'a pas valeur de preuve. J'ai préféré quand les citations restaient à leur "juste" place : pour illustrer les propos de l'auteur.
Le choix de citer, à plusieurs reprises, Freud comme porteur de vérité m'a également beaucoup gênée. Sûrement parce que, de par mes métiers, je sais combien de souffrances les théories (sans aucune validation scientifique) de cet homme ont pu engendrer. D'ailleurs, Michel Piquemal cite une parole de Freud au sujet de Dieu qu'il serait temps d'appliquer à ses théories 😉 : "[...] nos ancêtres croyaient en quantité de choses qui se sont révélées fausses et qu'on a fini par abandonner."
À l'inverse, certaines assertions auraient, à mon sens, bénéficié d'un lien vers les études scientifiques qui l'attestent (par exemple, lorsque l'auteur évoque la vulnérabilité du cerveau des enfants).
D'autre part, l'auteur évoque beaucoup de "-isme" consolidés par les religions (racisme, sexisme) mais ne parle pas du spécisme ni de l'âgisme. Un développement autour de l'oppression des enfants, principalement, me semble pourtant capital. Les violences éducatives que nous rencontrons dans la plupart des cultures de notre planète sont bien souvent justifiées par les textes religieux. Les enfants y étant représentés comme porteurs du malin. Les corrections physiques sont alors légitimées par la nécessité de faire sortir de l'enfant ce mal (les études scientifiques récentes nous montrent au contraire que l'enfant est naturellement tourné vers l'altruisme grâce à un formidable sens de l'empathie... voir Catherine Guéguen et Olivier Maurel, par exemple). L'auteur effleure pourtant ce sujet lorsqu'il écrit : "Je dis a priori car il faut bien ajouter quelqu'un qui nous surveille, qui nous juge et qui menace de nous frapper durement si nous n'obéissons par aux rites et aux dogmes de ceux qui parlent en son nom." (45%, empl. 636). C'était une magnifique entrée en matière pour comprendre en quoi les violences éducatives ordinaires ont valeur de norme dans nos cultures empreintes de ces religions monothéistes paternalistes (il suffit de voir à quel point l'opinion publique est attachée au droit de fesser et/ou gifler les enfants...).
À 67%, empl. 952, l'auteur écrit ceci : "Lorsque nous sommes au volant d'une voiture, nous n'avons pas besoin de nous référer à Dieu pour comprendre la nécessité du code de la route !". À ce sujet, mon opinion diverge un poil. C'est-à-dire qu'avec une éducation "classique", faite de punitions, la peur de Dieu est remplacée par la peur du gendarme mais le besoin d'une barrière/limite extrinsèque est bien là. Une autre éducation, moins empreinte de cette culture de la punition, permettrait a priori de développer des limites intrinsèques bien plus efficaces et durables (N'hésitez pas à lire PEPS à ce sujet !).

À 54%, empl. 772, l'auteur note : "Au point que l'idée même de bonheur, très présente chez les philosophes antiques, a été rayée de la carte, du Moyen Âge jusqu'à la Révolution." J'ai trouvé ce paragraphe très intéressant et j'aurais vraiment aimé qu'il soit sourcé pour que je puisse approfondir ce sujet plus facilement.


Enfin, et là, mon sang n'a fait qu'un tour (j'ai d'ailleurs écrit en note "screugneuneu", c'est dire mon degré d'agacement ! 😄) à la lecture de ceci : 
"Ils [les chercheurs et la médecine] ont permis aux femmes d'accoucher sans douleur, malgré l'opposition de ceux qui tenaient à leur faire payer leur statut de pécheresse - "tu enfanteras des fils dans la douleur" (Genèse 3:16)." 
Non, non, non ! Il faut arrêter de propager cette fausse croyance ! J'imagine que l'auteur parle ici de la péridurale. La péridurale est un outil fantastique pour soulager certaines femmes en souffrance lors d'un accouchement. Mais cet outil ne doit pas devenir systématique et remplacer un accompagnement qui respecte la physiologie de la naissance. Cet outil doit rester à sa place d'outil : on peut l'accepter ou le refuser. Il doit également être proposé de façon libre et éclairée, ce qui est rarement le cas de nos jours. Attention à ne pas remplacer un dogme (religieux) par un autre dogme (tout scientifique soit-il de par son emballage). Il faut aussi savoir que cet outil ne fonctionne pas à 100% pour 100% des accouchements et des femmes. 
Pour en savoir plus à ce sujet, je vous conseille le blog de Marie-Hélène Lahaye (Marie accouche là) ainsi que les écrits de Michel Odent et d'Isabelle Brabant. Et pour concevoir enfin les douleurs de l'enfantement sans cette pensée de péché véhiculée par la religion chrétienne, je vous conseille le livre "J'accouche bientôt, que faire de la douleur" de Maïtie Trélaün. 
Il faut savoir garder son esprit critique également vis-à-vis de la science et il me semble que l'auteur n'en parle pas du tout dans son chapitre à ce sujet (Mon credo d'athée).

Voilà pour les quelques points "chipotage de Jeanne". 😶

Pour finir, je vous propose quelques passages que j'ai particulièrement aimés :
53%, empl. 759 : "On n'a pas besoin de religion pour avoir une spiritualité."
56%, empl. 794 : "Je crois en notre interdépendance avec la nature et à la nécessité de la préserver."
57%, empl. 806 : "Les dérives que ces textes ont engendrées sont inouïes, et notre XXIe siècle en paie terriblement le prix."
57%, empl. 813 : "La science nous a pour ainsi dire remis à notre place, dérisoire et animale."


Au final, un court essai bien mené. Je ne peux que le conseiller.

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jeudi 8 septembre 2016

L'homme allongé et autres nouvelles... Édith Couture Saint-André

et autres nouvelles...

     Titre : L'homme allongé et autres nouvelles
     Auteur : Édith Couture Saint-André
     Genre(s) : recueil de nouvelles, humour macabre
     Nombre de pages : 105
     Édité par : indépendant (autoédition)
     Format : numérique

Présentation éditeur :
L'homme allongé : Qui est cet homme et pourquoi est-il allongé par terre chez Marguerite, dominatrice septuagénaire de grand renom ? Une belle-mère à durée indéterminée : Quelle tragédie lorsqu'une mère voit son fils unique la délaisser pour une femme trop jeune pour être à la hauteur de ses exigences ? Une tête en trop : Lorsqu'on a vingt ans, perdre la tête est, somme toute, une occurrence assez courante et on arrive à s'en remettre assez facilement. Mais quand on a soixante-dix ans ? Roméo en Juillet : Un croque-mort qui prend son travail au sérieux a-t-il le droit de tomber éperdument amoureux d'une Valentine légère et volage ? Un hématome sur l'épaule : Le golf est un sport d'une grande violence, qui l'eut cru ? À cœur perdu : Quand on est aussi vieux que Thor, tomber amoureux d'une jeune artiste peintre réserve bien des surprises ? pas nécessairement celles qu'on aurait pu imaginer. 

La mort, cette empêcheuse de tourner en rond, est le fil rouge qui sinue d'un récit à l'autre pour nous rappeler que nous sommes sur terre en location de courte durée et qu'il suffit parfois d'un événement anodin pour que le bail soit annulé ?

Mon avis :
Tout d'abord, je tiens à remercier Chris EBouquin et Édith Couture Saint-André de m'avoir proposé ce service de presse.
C'est avec beaucoup de plaisir que je me suis plongée dans ce recueil rempli d'humour noir mais aussi d'une bonne dose de tendresse. Les situations décrites sont souvent cocasses, pour le plus grand plaisir du lecteur ! Même si je me doutais souvent de la chute avant qu'elle n'arrive, j'ai éprouvé une grande satisfaction à suivre les hésitations et autres errements des personnages.
Les personnages, c'est justement pour moi le gros point fort de l'auteur : elle parvient à nous camper des êtres d'un certain âge (voire d'un âge certain !) sans tomber dans le cliché des vieux sages. Au contraire, ses personnages sont vivants (quoique...), passionnés, capricieux... Bref, humains !
Quant à la plume d'Édith Couture Saint-André, elle est toute en simplicité, fluide. Seuls quelques choix de temps ont pu me surprendre sans pour autant me gêner.

Pour conclure, voilà un petit recueil vraiment très divertissant. N'hésitez pas à le découvrir à votre tour !