jeudi 21 mai 2015

Barbara Cordier des Éditions Luciférines : l'interview !

Aujourd'hui, je vous propose l'interview de Barbara Cordier, créatrice d'une maison d'édition spécialisée dans la littérature fantastique et horrifique.

Éditions Luciférines

Tu es la créatrice de la maison « Éditions Luciférines ». Peux-tu nous raconter la genèse de cette entreprise ? Comment est-elle née dans ton esprit et comment as-tu concrétisé ce projet ? Pourquoi ce nom ?

Je savais que je voulais travailler dans l’édition depuis de nombreuses années mais je ne pensais pas monter ma propre entreprise si vite. L’idée m’est venue pendant ma dernière année de master, puisque je devais imaginer un concept éditorial original. J’ai donc réfléchi à ce que je voulais publier, de la littérature « différente », plutôt dérangeante, voire insolente, mais ce n’était pas suffisant pour créer une image de marque claire. Je me suis alors fait la réflexion que le fantastique traditionnel et l’horreur étaient un peu en retrait dans le secteur. Les deux idées se rejoignant, j’ai imaginé la première anthologie, Nouvelles Peaux, des réécritures des Histoires Extraordinaires d’Edgar A. Poe. J’avais déjà travaillé sur un petit essai consacré à la culture gothique pour un autre travail de cours. J’ai voulu continuer aussi loin que possible. 
En ce qui concerne le nom, il fallait quelque chose de percutant pour de la littérature horreur, mais qui n’aille pas trop dans le cliché. Le mot Luciférines réveille de suite une imagerie démoniaque dans l’esprit des gens et, pourtant, il s’agit tout bêtement du nom d’une molécule luminescente que possèdent poissons des abysses et insectes nocturnes. Nous sommes dans l’horreur, mais nous faisons avant tout de la littérature. J’aimais l’idée de « créer sa propre lumière dans l’obscurité ».


À la rencontre des gothiques

Depuis sa création en 2013, ta maison a publié 4 ouvrages. Peux-tu nous les décrire ? Quels sont tes inspirations et critères dans le choix des textes ?

Le premier titre est un petit guide sur la culture gothique, à l’usage de ceux qui aimeraient comprendre ou des plus jeunes que ce monde attire. Étant proche de ce milieu depuis plus de dix ans, et ayant souvent eu à expliquer l’intérêt que j’y trouvais à des personnes bouffies de préjugées, commencer par cette publication était assez symbolique. 
L’anthologie « Nouvelles Peaux » était un bon moyen de revendiquer plus clairement la ligne éditoriale des Luciférines en remettant Poe, un maître du fantastique, au goût du jour. La dernière anthologie, Maisons Hantées, propose un thème un peu plus large, qui permet cette fois davantage aux auteurs de se lâcher dans le subversif
Le recueil Sténopé a été sélectionné parmi les manuscrits proposés spontanément par les auteurs. Il s’agit d’un recueil d’histoires horrifiques ou fantastiques par un jeune auteur, Julien Roturier
J’attends des textes que je publie des qualités littéraires, c'est-à-dire une plume affirmée et une histoire bien structurée. Quand ces conditions sont remplies, je dirais que 80% des critères pour être publiés sont remplis. La petite différence se fera ensuite au niveau de la ligne éditoriale. Il faut quelque chose d’assez noir, et éviter trop de bons sentiments. Je tiens sur ce point à garder une ligne cohérente.


Nouvelles Peaux

Tu es également nouvelliste. Tu as notamment signé une nouvelle pour l'anthologie « Robots » et une autre dans « Antho-Noire... pour Nuits de Légendes ». 
Sous un pseudonyme, tu as aussi écrit « Ils iront tous à la morgue » pour Nouvelles Peaux. Comment as-tu commencé à écrire et pourquoi avoir préféré un pseudonyme pour certains textes ?

Je crois que j’ai toujours eu besoin d’un moyen intermédiaire d’expression. Je dessinais beaucoup quand j’étais toute petite, et je suis passée à l’écriture dès que je me suis sentie assez à l’aise avec. J’ai encore une sorte de livre que j’avais construit, rédigé et illustré moi-même avec des feuilles pliées et du papier cartonné de couleur à huit ans. Je n’ai pas arrêté d’écrire depuis : des débuts d’histoire, du jeu de rôle sur forum, et même quelques nouvelles dès onze ans. Je dirais que j’ai fait ma première nouvelle vraiment aboutie à seize ans, mais j’ai attendu mes 23 ans pour m’oser à la publication papier, dans le journal de ma fac. J’ai pris le pseudonyme Unity Eiden pour cela parce que je n’avais pas forcément envie de me faire remarquer par mes enseignants et camarades de promotion, ou qu’il soit possible de me retrouver facilement en tapant mon nom sur internet pour lire les textes que j’y publiais aussi. Avec « Nouvelles Peaux », j’ai gardé le pseudonyme pour les mêmes raisons, et aussi parce que je voulais pouvoir défendre les auteurs de l’anthologie au même niveau sans que l’on s’intéresse de suite à mon nom au sommaire. À force de faire des salons, je suis devenue un peu moins sur la réserve et je me suis aussi rendu compte que jouer avec deux noms était assez ennuyeux. Je reste désormais sous la même identité pour tout. 


Sténopé


Quels sont tes projets en cours pour Luciférines ?

En septembre, les Luciférines publieront leur premier roman, un thriller bien déjanté qu’il me tarde de présenter aux lecteurs. J’espère pouvoir augmenter doucement le rythme des publications afin de proposer des choses plus diversifiées. D’ici fin 2016, nous devrions avoir un titre plus axé sur l’illustration, et d’autres romans. Nous gardons aussi la « tradition » d’une anthologie par an. La prochaine paraîtra en mars prochain et aura pour thématique les chats. Dans tous les cas, les publications resteront axées sur des univers assez sombres.

Maisons Hantées

Merci Barbara d'avoir accepté de répondre à mes questions !

Unity Eiden

Retrouvez les Éditions Luciférines :

Éditions Luciférines

5 commentaires:

  1. Merci pour ce partage très intéressant. J'aime beaucoup l'assurance et les choix fermes de Barbara Cordier. C'est courageux de sa part de s'être ainsi lancée dans l'aventure de l'édition.
    Bonne journée Jeanne

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  2. Super article, c'est intéressant de voir le point de vue des petites maisons d'éditions qu'on entend que trop peu!

    Je trouve également très chouette de prendre le partir pris de l'horreur et du sombre, qui sont des genres souvent délaissés, à tort je pense.

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    1. C'est en effet un genre qui mériterait d'être plus (re)connu !
      Merci de nous avoir lues et bon week-end.

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